September 12th, 2007

Tristan Tzara

Jacques Vache'

A M. Andre' Breton
12 Octobre 1916

Cher Ami,

Je vous écris d'un lit où une température agaçante et la fantaisie m'ont allongé au milieu du jour.
J'ai reçu votre lettre hier — L'Évidence est que je n'ai rien oublié de notre amitié, qui, j'espère, durera tant rares sont les sârs et les mîmes! — et bien que vous ne conceviez l'Umour qu'approximativement.
Je suis donc interprète aux anglais — et y apportant la totale indifférence ornée d'une paisible fumisterie que j'aime à apporter ès les choses officielles, je promène de ruines en villages mon monocle de crystal et une théorie de peintures inquiétantes — J'ai successivement été un littérateur couronné, un dessinateur pornographique connu et un peintre cubiste scandaleux — Maintenant, je reste chez moi et laisse aux autres le soin d'expliquer et de discuter ma personnalité d'après celles indiquées — Le résultat n'importe.
Je vais en permission vers la fin de ce mois, et passerai quelque temps à Paris — J'y ai à voir mon très meilleur ami que j'ai complètement perdu de vue.
... A part cela — qui est peu — Rien. L'Armée Britannique, tant préférable qu'elle soit à la Française, est sans beaucoup d'Umour — J'ai prévenu plusieurs fois un colonel à moi attaché que je lui enfoncerai un petit bout de bois dans les oneilles — Je doute qu'il m'ait entièrement saisi = d'ailleurs ne comprenant pas le Français.
Mon rêve actuel est de porter une chemisette rouge, un foulard rouge et des bottes montantes — et d'être membre d'une société chinoise sans but et secrète en Australie.
Vos illuminés ont-ils le droit d'écrire?
— Je correspondrai bien avec un persécuté, ou un «catatonique» quelconque.

  • Current Music
    Max Raabe
Tristan Tzara

Jacques Vache' (II)

A M. Andre' Breton
29 Avril 1917

Cher Ami,

...Je vous écris d'un ex-village, d'une très étroite étable-à-cochon tendue de couvertures — Je suis avec les soldats anglais — Ils ont avancé sur le parti ennemi beaucoup par ici — C'est très bruyant — Voilà.
...Et puis vous me demandez une définition de l'umour — comme cela ! —
« IL EST DANS L'ESSENCE DES SYMBOLES D'ÊTRE SYMBOLIQUES » m'a longtemps semblé digne d'être cela comme étant capable de contenir une foule de choses vivantes: EXEMPLE: vous savez l'horrible vie du réveillematin — c'est un monstre qui m'a toujours épouvanté à cause que le nombre de choses que ses yeux projettent, et la manière dont cet honnête me fixe lorsque je pénètre dans une chambre — pourquoi donc a-t-il tant d'umour, pourquoi donc? — Mais voilà: c'est ainsi et non autrement — Il y a beaucoup de formidable UBIQUE aussi dans l'umour — comme vous verrez — Mais ceci n'est naturellement — définitif et l'umour dérive trop d'une sensation pour ne pas être très difficilement exprimable — Je crois que c'est une sensation — J'allais presque dire un SENS — aussi — de l'inutilité théâtrale (et sans joie) de tout.
Quand on sait.
Et c'est pourquoi alors les enthousiasmes (d'abord c'est bruyant), des autres sont haïssables — car — n'est-ce pas — nous avons le génie — puisque nous savons l'UMOUR — Et tout — vous n'en aviez d'ailleurs jamais douté? nous est permis. Tout ça est bien ennuyeux, d'ailleurs.
Je joins un bonhomme — et ceci pourrait s'appeler OBSESSION — ou bien — BATAILLE DE LA SOMME ET DU RESTE — oui.
Il m'a suivi longtemps, et m'a contemplé d'innommables fois dans des trous innombrables — Je crois qu'il essaie de me mystifier un peu — J'ai beaucoup d'affection pour lui, entre autres choses.


Un dessin de Jacques Vache'